Interactions Bioculturelles

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Les interactions bioculturelles entre les sociétés humaines et leurs milieux sont en constante recomposition face aux changements environnementaux. En explorant des thématiques où l’adaptation – individuelle et collective – face à ces changements est omniprésente comme l’agrobiodiversité, la domestication ou les systèmes alimentaires, nous questionnons les synergies entre savoirs locaux et académiques dans nos travaux qui répondent, dans la mesure du possible, à une logique de co-construction avec les acteurs locaux. Ces études fines, impliquant des périodes longues sur le terrain, nous permettent d’informer le global à travers la production d’indicateurs de bien-être humain et écologique ou par notre participation dans des instances internationales à vocation scientifique (IPBES, CGIAR…) ou ONUsiennes (FAO, PNUD, UNESCO...). En outre, l’équipe veille à intégrer diverses échelles d’interactions écologiques (des variétés locales aux communautés d’espèces, écosystèmes et paysages) et sociales (rôle des individus, communautés, états nations ou communautés planétaires). Une des spécificités de notre approche est d’intégrer la pluralité des modes de relations entre les humains et les entités de l’environnement. Par exemple, des entités de la nature sont vues comme des agents autonomes par certaines communautés ou individus animistes, dont nous nous efforçons de comprendre les ontologies et cosmologies. Nos travaux portent sur les savoirs locaux, les pratiques, les dynamiques socio-écologiques, et les ontologies des relations entre les humains et leurs milieux, selon une démarche diachronique soucieuse de tenir compte des contextes historiques. Les sociétés et biomes étudiés incluent tout autant les peuples de chasseurs-cueilleurs que les sociétés agraires, pastorales et péri-urbaines au sein des régions intertropicales, tempérées et méditerranéennes.

Mots-clés : adaptation, agrobiodiversité, agroécosystèmes, bien-être, biodiversité, changements planétaires, diachronie, domestication, indicateurs, interactions, ontologies, pratiques, résilience, savoir locaux, alimentation, art.

Sites d’étude : France (Gaillac), Italie (Sicile, Pantelleria), Maroc (Rif), Liban, Colombie (Andes), Bolivie, Indonésie (Kalimantan Nord), Vanuatu, Sénégal (bassin arachidier), Congo.

Thématiques de recherche :

  1. Agrobiodiversités et domestications des paysages : adaptations du passé à l’actuel
  2. Systèmes alimentaires
  3. Synergies entre savoirs locaux et savoirs académiques
  4. Dialogues entre sciences et politiques

Pour en savoir plus sur les thématiques

Schema Ibioc

 

Méthodes, formation et enseignement

  • Observation participante : engagement sur les terrains France (Gaillac), Italie (Sicile, Pantelleria), Maroc (Rif), Colombie (Andes), Indonésie (Kalimantan Nord), Vanuatu, Sénégal (bassin arachidier), Congo.
  • Méthodes en ethnoécologie : analyses qualitatives et quantitatives (nomenclature et classification du vivant), histoires de vie, relevés systématiques (systèmes alimentaires, productions agricoles), exploration des mémoires orales à travers la construction de frises ethnohistoriques.
  • Données et analyses quantitatives des enquêtes et questionnaires : analyses de consensus, free-listing, AFC et ACM.
  • Analyse et modélisation des réseaux sociaux.
  • Analyses spatiales : télédétection, cartographie participative et cartes mentales, lecture et relevés du paysage.
  • Intégration Arts et Sciences.
  • Collaborations avec des chercheurs inscrits en génétique des populations, écologie chimique, écologie fonctionnelle, archéologie et climatologie.
  • Méthodes de co-construction et éthique : atelier de planification des objectifs de la recherche pour respecter les besoins mais aussi le rythme de nos partenaires locaux, retour tout le long des projets des résultats de la recherche dans un format facilitant la participation de tous les acteurs concernés, utilisation d’approches de « Consentement Informé » avant la publication des résultats des travaux, et enfin écriture collective d’articles avec les acteurs locaux.
  • Coordination d’un module de M1 (50 heures) sur l’ethnoécologie et les interactions bioculturelles à l’Université de Montpellier.

 

Nos collaborations

En France

Network IBC

A l'étranger

world collab and legend

 

 

Thématiques de recherche

Thème 1 Agrobiodiversités et domestications des paysages : adaptations du passé à l’actuel

Animation Doyle McKey et Sophie Caillon

Cette première thématique « Agrobiodiversités et domestications des paysages » s’articule autour de la compréhension (i) des modes d’adaptation des peuples autochtones et communautés locales qui ont appris à exploiter des paysages complexes, souvent en modifiant ces paysages pour mieux les adapter à leurs besoins. Ces paysages peuvent arborer une diversité de niches écologiques en fonction de ces activités de construction culturelle de niche. Ces modes d’adaptation peuvent évoluer sous l’effet de changements de diverses natures : climatiques (altération des ressources et de la biodiversité), politiques (incidences locales de politiques agraires ou environnementales) et sociétaux (pression foncière, déprise agricole...) ; (ii) des dynamiques sociales et biologiques associées à la domestication et la diversification des espèces végétales ; et (iii) de l’histoire de la diffusion et de la circulation (analyse et modélisation de réseaux sociaux) des espèces et variétés domestiquées et des systèmes agricoles (incluant la circulation d’information). La grande particularité de notre équipe, composée d’ethnoécologues, écologues et géographes, est d’aborder chaque question sous l’angle des interactions. Ainsi, chacun des trois questionnements invoqués ci-dessus intègre une réciproque : nous interrogeons la façon dont les processus dynamiques d’adaptation, de domestication, de diversification et de circulation interagissent et influencent les relations des humains entre eux (liens et organisation sociale, identité, histoire).

Nous appliquons sur l’ensemble de nos sites d’étude le concept d’attachement au lieu, lieu d’ancrage mais aussi de circulation et d’invention des savoirs locaux. Nous abordons l’ensemble de ces thématiques dans un contexte spatial et temporel privilégiant une approche paysagère, décrivant tant des processus se déroulant sur le temps long que des transformations rapides. L’étude du jeu d’interactions sur le long terme qu’on observe dans ces paysages entre processus écologiques, d’un côté, et pratiques et représentations humaines, de l’autre, offre des leçons pour l’utilisation durable des terres face aux changements planétaires actuels.

 

Thème 2 Systèmes alimentaires

Animation Edmond Dounias et Delphine Renard

Ces dernières années ont vu émerger une attention accrue pour les systèmes alimentaires chez les peuples autochtones et communautés locales, en raison de leur approche holistique de la production alimentaire et de la gestion des ressources. Sur la scène internationale, des réflexions approfondies ont cours pour tenter de définir les contours de systèmes alimentaires qui soient en meilleure adéquation avec l'Accord de Paris et les Objectifs de développement durable à l’horizon 2030. En outre, la Décennie d'actions des Nations Unies pour la nutrition (2016-2025) en appelle à une durabilité renforcée des systèmes alimentaires tout en insistant sur l'importance de diversifier les régimes alimentaires. Valorisation d'aliments plus nutritifs, élargissement des bases alimentaires existantes et préservation de la biodiversité constituent les charnières de ce double objectif. Force est de constater que de nombreux systèmes alimentaires autochtones et locaux sont, par essence, résilients et diversifiés et devraient donc efficacement contribuer au débat actuel sur la durabilité et la diversification des systèmes alimentaires.

En outre, les systèmes alimentaires sont d’inégalables révélateurs des stratégies d’ajustement aux changements. L’alimentation — régime, habitus, ressources — est symptomatique des réponses élaborées localement et des situations de crises dans lesquelles se trouvent certains peuples confrontés à de sévères altérations de leur environnement. C’est notamment par une approche diachronique — en revisitant les mêmes sites d’étude sur un pas de temps d’une à deux décennies — que l’équipe aborde l’incidence de ces réponses. Les préoccupations connexes aux systèmes alimentaires et transversales à plusieurs thèmes abordés par l’équipe sont celles de la souveraineté alimentaire, de la sécurité alimentaire, du droit à l'autodétermination, de l'adaptation aux changements planétaires et des relations entre savoirs locaux et savoirs académiques.

 

Thème 3 Synergies entre savoirs locaux et savoirs académiques

Animation Yildiz Aumeeruddy-Thomas et Sophie Caillon

Les savoirs locaux ont été projetés sur la scène internationale depuis la Convention pour la Diversité Biologique (CDB 1992) et sont désormais intégrés dans le protocole de Nagoya et les évaluations de l’IPBES pour la gestion de la biodiversité, l’identification de services écosystémiques (ES) ou des Contributions de la Nature aux Sociétés (Nature’s Contributions to People). Ces savoirs et l’ensemble des pratiques associées sont porteuses de systèmes de valeurs multiples et de représentations du bien-être qui peuvent profondément différer des normes internationales. Bien qu’une complémentarité entre savoirs académiques et savoirs locaux soit désormais reconnue, la mise en pratique et les questions épistémologiques et de pouvoir que soulèvent les interactions entre ces différents types de savoirs restent encore peu prises en compte, notamment au sein des projets dits participatifs ou de co-construction.

Les chercheurs de l’équipe IBC valorisent les approches de co-construction avec les acteurs locaux de chaque site d’étude afin de faciliter les interactions et les enrichissements mutuels entre savoirs locaux et académiques. Nos méthodes et démarches se fondent sur l’analyse ethnobiologique des interactions entre savoirs, pratiques, ontologies et processus d’apprentissage par différentes voies (oral, écrit, art, techniques, gestuelles, odorat, etc.), en n’oubliant pas les savoirs propres aux enfants. Sur nos terrains, nous prenons soin d’associer des artistes pour mieux comprendre les savoirs locaux, intégrer savoirs locaux et savoirs académiques, et restituer ces savoirs au sein d’une arène politique, régionale ou plus globale.

Nous mobilisons des concepts anthropologiques comme l’altérité (i.e. reconnaissance de l’autre dans sa différence) pour prendre en compte la diversité des représentations qu’ont les sociétés des entités de l’environnement, leur rôle en tant qu’agent, ainsi que les diverses façons dont ces entités affectent ou influencent les activités et organisations humaines. Ces entités végétales, ’animales ou même du minérales peuvent en effet être vues comme des agents chez certaines communautés locales et peuples autochtones.

 

Thème 4 Dialogues entre sciences et politiques

Animation Yildiz Aumeeruddy-Thomas et Edmond Dounias

Depuis plusieurs années, l’objectif de l’équipe IBC est de promouvoir auprès de décideurs et sur la scène internationale la richesse des savoirs locaux. Les populations locales et les peuples autochtones deviennent de plus en plus vulnérables du fait d’un grand nombre de facteurs liés à des changements globaux, mais aussi à la faible reconnaissance de leurs savoirs, pratiques et territoires. L’équipe IBC, afin d’améliorer ce dialogue, travaille sur le plan scientifique sur des concepts tels que les indicateurs de bien-être, les « Contributions de la Nature aux Sociétés », les approches de valeurs multiples portées par l’IPBES, ou sur les systèmes alimentaires des peuples autochtones et communautés locales, dans des arènes politiques telles que les Consultative Group for International Agricultural Research (CGIAR), l’Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), le Global Environment Facility (GEF), la Banque Mondiale (BM) et les Nations Unies (UN)…. Nos liens au sein de ces instances forgent de nouvelles idées portées par des groupes de chercheurs et des représentants de communautés locales et de peuples autochtones aux échelles internationale et locale. Par notre présence dans ces groupes, nous apportons nos expertises sur les savoirs locaux, et impulsons des dynamiques de recherche. Nous représentons en outre nos différentes tutelles dans ces instances (Université de Montpellier, CNRS, IRD), et dès lors sommes aussi mobilisés pour développer des réflexions sur le dialogue entre Sciences et Politique lors de conférences scientifiques ou destinées au grand public.