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ACTUALITES Actualités BBP El Niño a des effets négatifs pour les espèces d'oiseaux marins

El Niño a des effets négatifs pour les espèces d'oiseaux marins

altChez les animaux, choisir de ne pas se reproduire certaines années constitue une stratégie de survie dont les tenants et les aboutissants sont mal connus des scientifiques. Une étude franco-américaine publiée par la revue Biology Letters et à laquelle ont participé deux chercheurs du Centre d'Ecologie Fonctionnelle et Evolutive (UMR 5175, CNRS / Universités de Montpellier 1, 2, 3 et de Nîmes / SupAgro / Cirad / EPHE / IRD / INRA) montre que le fou à pieds rouges applique davantage cette stratégie les années où sévit le phénomène climatique El Niño, qui réduit les ressources alimentaires de cet oiseau marin vivant sous les tropiques.

Chez les espèces à longue durée de vie, les individus devraient en théorie être moins enclins à risquer leur existence pour se reproduire, puisque l'avenir leur laisse d'autres occasions de le faire. Ainsi, lorsque les conditions environnementales sont plus difficiles et provoquent la raréfaction des ressources alimentaires, on peut s'attendre à ce que les membres de ces espèces choisissent de « zapper » une saison de reproduction pour ne pas risquer de se mettre en danger, étant donné le surcoût énergétique qu'implique le fait d'avoir un (ou des) petit(s). Le phénomène de reproduction intermittente a déjà été mis en évidence mais pas sa possible cause environnementale.

Pour tester cette hypothèse, les auteurs de l'article parue dans Biology Letters ont analysé les milliers de données d'une étude au long cours réalisée, pendant 19 ans, sur une population de fous à pieds rouges vivant sur un atoll de l'océan Pacifique. Les chercheurs ont regardé s'il existait une relation entre le pourcentage de reproductions reportées et le phénomène climatique El Niño, lequel se traduit par des eaux de surface plus chaudes et moins de proies pour les fous à pieds rouges qui se nourrissent de petits poissons et calmars. Les résultats obtenus montrent que ce lien existe bel et bien. Ainsi, lors du gros El Niño de 1986-87, un oiseau sur cinq a choisi de reporter la reproduction à des jours meilleurs, soit deux fois plus que la normale. Parallèlement, les chercheurs ont constaté que les jeunes ne s'étant jamais encore accouplés « profitent » qu'il y ait moins de compétition pour tenter de se reproduire pour la première fois, même si les conditions environnementales sont moins bonnes.

Cette étude confirme qu'El Niño a des effets négatifs pour les espèces d'oiseaux marins. Ce qui risque d'avoir des conséquences sur la dynamique des populations de ces espèces, étant donné que le changement climatique va induire des Niños plus fréquents et plus intenses.


Fou à pieds rouges adulte, dans les îles Galapagos

© E. A. SchreiberRéférence
To breed or not to breed : a seabird's response to extreme climatic events,  Biology Letters, Sarah Cubaynes, Paul F. Doherty Jr, E. A. Schreiber & Olivier Gimenez.

Contact chercheur
Olivier Gimenez, Centre d'Ecologie Fonctionnelle et Evolutive (UMR 5175, CNRS / Universités de Montpellier 1, 2, 3 et de Nîmes / SupAgro / Cirad / EPHE / IRD / INRA), 1919 Route de Mende, 34293 Montpellier Cedex 5. Tél. : 04-67-61-32-11. Email : Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.